S'il parle de ses projets parisiens en se promenant dans Paris ici, les plus observateurs l'auront déjà vu plus près de chez nous, comme ci-dessous...
jeudi 30 août 2012
La ville musée
Que faut-il pour que ça fonctionne?
Que faut-il pour qu'un musée fonctionne? Et d'abord, ça veut dire
quoi « qu'un musée fonctionne »? Qu'il nous permette de
venir voir dans les meilleures conditions possibles ce qu'on appelle
l'art?
Nicolas Philibert a réalisé un
documentaire intitulé La ville Louvre.
Peut-être avait-il en tête ce rêve
de Hitchcock :
« C'est probable... Effectivement, un projet de film commence souvent dans une formulation très vague, et l'idée que j'aimerais réaliser sur vingt-quatre heures de la vie d'une ville ; je peux voir tout le film du début jusqu'à la fin. Il est plein d'incidents, plein d'arrière-plans, c'est un grand mouvement cyclique. Cela débute à cinq heures du matin, il commence à faire jour, et il y a une mouche qui se promène sur le nez d'un clochard couché dans le renfoncement d'une porte cochère. Ensuite, commence le mouvement du matin dans la ville. Je veux essayer de filmer une anthologie de la nourriture. L'arrivée de la nourriture dans la ville. La distribution, l'achat. La vente. La cuisine. L'action de manger. Ce qu'il advient à la nourriture dans différentes sortes d'hôtels, et comment elle est accommodée et absorbée. Graduellement, vers la fin du film, il y aura les bouches d'égouts et les ordures qui vont se déverser dans l'océan. C'est un cycle complet depuis les légumes verts encore ruisselants de fraîcheur jusqu'à la fin du jour, la saleté qui sort des égouts. A ce moment-là, le thème de ce mouvement cyclique devient : ce que les gens font aux bonnes choses et le thème général devient la pourriture de l'humanité. Il faut traverser toute la ville, tout voir, tout filmer. »
Peut-être, mais certainement sans
l'intention ferme d'arrimer ce qui est filmé à une fable morale, de
filmer pour servir une démonstration, de soumettre ce qui est relevé
à un savoir pré-conçu.
En tout cas, cela commence la nuit,
quelques œuvres apparaissent grâce à l'éclairage d'une lampe de
poche. Puis, c'est l'aube, un camion arrive dans le lieu, il faut
lentement le stabiliser, ça y est, on fait passer un grand tableau
dans le musée : les trajets dans le lieu commencent. Sont alors
filmées des séries de marches, de gestes, de réponses, d'outils.
Tout ce travail fait de déplacements, d'arrêts, de fiches et de
roulettes, de formations, de vêtements et de précautions,
d'injustices de races, de genres et de classes aussi, d'attention et
de surveillance, d'humains et de choses qui permettent que le musée
fonctionne comme ce grand décor, à la fois discret et évident,
dont nous sommes les utilisateurs tranquilles.
Ça pourrait être ça, alors, regarder un musée autrement qu'en utilisateur, examiner comment cette
silhouette d'utilisateur dans laquelle nous nous glissons sans y
prêter attention est dessinée et patiemment élaborée. Et regarder
la ville de cette façon, ça pourrait être ceci : tenter d'une
certaine façon de rejoindre le projet de Hitchcock, mais de recenser
sans moralisme.
lundi 20 février 2012
Ségrégation (03)
En l'absence d'un arsenal juridique comme en régime d'Apartheid, comment penser les politiques de mise à l'écart de certaines populations? Qu'est-ce que la ségrégation urbaine? Comment l'espace de la ville est-il structuré socialement? La division de l'espace épouse-t-elle des catégories bien définies comme les activités professionnelles, les classes sociales, les communautés ethniques, les communautés religieuses, les ressources économiques ou encore les préférences? Et cet isolement spatial, est-il choisi ou subi?
Trois perspectives permettent de penser la ségrégation urbaine :
- On peut chercher à repérer les différences de localisation de groupes définis par certains critères, comme la position sociale ou l'origine ethnique. Cette façon de faire est souvent à l'oeuvre de manière sauvage lorsqu'on qualifie Uccle de "zone de bourges" ou les environs de la Barrière de Saint-Gilles de "quartier portugais".
- On peut mettre l'accent sur les chances d'accès inégales aux biens matériels et symboliques offerts par la ville. C'est ce que propose, entre autre, le film de Pialat, en pointant par exemple l'absence d'infrastructures culturelles en dehors de Paris. C'est alors le lieu et la qualité du logement, les équipements collectifs et les distances imposées entre domicile et lieu de travail qui servent de discriminants pour l'analyse.
- On peut enfin approcher la question de la mise à l'écart spatiale avec les exclusions sociales : c'est la figure de la relégation, qui qualifie toute forme de regroupement spatial associant étroitement des populations défavorisées à des territoires circonscrits. The Wire en explore les logiques et les effets cumulatifs pendant 5 saisons.
La ségrégation peut aussi être envisagée en terme de pratiques et de représentations de l'espace (Cf. Cette enquête concernant les jeunes bruxellois, à découvrir ici).
Mais cette ségrégation, comment se met-elle en place? Dans La Tyrannie des petites décisions, Thomas Schelling distingue 3 processus de ségrégation :
- Un premier processus est celui de l'action organisée, légale, illégale ou tolérée, c'est-à-dire le fait de volontés collectives, qu'il s'agisse de groupes ou d'institutions.
- Un deuxième processus, indépendant cette fois de toute intentionnalité, est un effet des inégalités produites par la différenciation sociale. Processus en grande partie économique, mais aussi de toutes les autres manifestations des écarts de ressources et de positions sociales, de l'instruction à l'habillement, de la restauration au loisir!
- Un dernier processus est le résultat collectif issu de la combinaison de comportements individuels discriminatoires. Encore une fois, l'intention au départ de ces comportements n'est pas forcément une volonté de ségrégation : cela peut être des priorités de voisinages souhaités, des limites dans l'acceptation de certains types de voisinages uniquement.
C'est donc, on s'en doute, toute une combinaison de logiques qui aboutit à la ségrégation urbaine. Et si celle-ci épouse les courbes des prix fonciers et immobiliers, elle les déborde tout à la fois dans ses processus et ses effets.
La ségrégation peut aussi être envisagée en terme de pratiques et de représentations de l'espace (Cf. Cette enquête concernant les jeunes bruxellois, à découvrir ici).
Mais cette ségrégation, comment se met-elle en place? Dans La Tyrannie des petites décisions, Thomas Schelling distingue 3 processus de ségrégation :
- Un premier processus est celui de l'action organisée, légale, illégale ou tolérée, c'est-à-dire le fait de volontés collectives, qu'il s'agisse de groupes ou d'institutions.
- Un deuxième processus, indépendant cette fois de toute intentionnalité, est un effet des inégalités produites par la différenciation sociale. Processus en grande partie économique, mais aussi de toutes les autres manifestations des écarts de ressources et de positions sociales, de l'instruction à l'habillement, de la restauration au loisir!
- Un dernier processus est le résultat collectif issu de la combinaison de comportements individuels discriminatoires. Encore une fois, l'intention au départ de ces comportements n'est pas forcément une volonté de ségrégation : cela peut être des priorités de voisinages souhaités, des limites dans l'acceptation de certains types de voisinages uniquement.
C'est donc, on s'en doute, toute une combinaison de logiques qui aboutit à la ségrégation urbaine. Et si celle-ci épouse les courbes des prix fonciers et immobiliers, elle les déborde tout à la fois dans ses processus et ses effets.
L'amour existe
Comment présenter quelque chose qu'on aime passionnément? En l'occurrence le premier court-métrage d'un cinéaste souvent décrit comme grincheux, L'Amour existe (1960) de Maurice Pialat? Pialat? L'amour? Mais c'est pas lui qui brandissait le poing à Cannes, lorsque face à l'annonce de sa Palme d'Or pour Sous le soleil de Satan, la salle sifflait? Lui qui leur a dit "vous ne m'aimez pas? Eh bien moi non plus je ne vous aime pas"? Ben si. Vous voyez qu'il s'agit d'amour.
L'Amour existe commence comme du Proust : "Longtemps j'ai habité la banlieue." Pourtant, ce n'est pas juste une autobiographie de la vie en banlieue. C'est l'histoire d'une mutation urbaine, d'une mutation des habitudes de consommation, des impératifs de déplacement et de leurs poids sur les vies, les manières d'habiter les maisons, les modes de regroupement, la relation centre-périphérie, l'incidence de l'espace sur les rêves et les possibles, sur les sentiments et les actions. Peut-être que ce que Pialat crée avec ce film c'est un outil de mesure bien singulier de la mise à l'écart. Un outil de mesure qui n'est pas issu d'une discipline académique, mais d'une discipline du regard. Après tout, le film se referme sur ces paroles :
La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments. La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.
Et pour ceux qui voudraient mâcher le texte sans les images, on peut en trouver la retranscription ici.
dimanche 19 février 2012
La ville perçue : Kevin Lynch
L'expression est entendue : on parle de la morphologie de la ville. Mais cette morphologie, comment est-elle perçue? Quelle est sa signification pour ceux qui s'y promènent? Mais surtout, comment se composent nos représentations mentales de la ville?
Professeur de City-Planning au M.I.T., Kevin Lynch a publié en 1960 son ouvrage probablement le plus connu : The Image of the City. Associant ses savoirs en architecture et en psychologie à des enquêtes de terrain, Lynch tente de cerner rigoureusement les modes de fabrication de nos représentations mentales de la ville.
Pour cela, il catégorise 5 types d'éléments composant l'image mentale de la ville. Ces types ne sont pas attachés à la nature, ni à l’échelle des objets composant la ville mais sont au contraire construits à partir de la représentation des habitants et usagers de la ville. Pour nous aider à mieux les cerner, nous associerons ces types aux images du court-métrage de Evan Mather, qui adapte le livre de Lynch.
Cinq types, donc : parcours, limites, noeuds, districts et points de repères.
1. voies (paths) : rues, trottoirs, sentiers, et tous les canaux par lesquels les gens se déplacent.
2. limites (edges) : toutes les frontières perçues comme telles arrêtant la circulation, comme des murs, des bâtiments, des rives, mais aussi des autoroutes pour le piéton, des voix ferrées, etc.
3. quartiers (districts) : de plus ou moins large portions de la ville, distinguées par une certaine identité ou un certain caractère particulier.
4. noeuds (nodes) : tous les lieux stratégiques d'une ville, "points d'ancrages", intersections, points de jonction mais aussi foyer d'un quartier, endroit ou on change de système de transport, de structure.
5. points de repères (landmarks) : des objets facilement identifiables qui servent de points de référence externes : immeuble, enseigne, magasin, etc.
Lynch avance le concept de lisibilté. C'est la facilité avec laquelle nous reconnaissons les éléments du paysage, les décodons, les interprétons et les organisons en un schéma cohérent. La lisibilité de la ville est importante puisqu'elle permet l'orientation dans la ville, assurant ainsi la « sécurité émotive », et puisqu'elle fournit du sens, en permettant l'élaboration de symboles et de souvenirs collectifs.
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Mais Lynch ne se contente pas de poser des catégories comme outils analytiques, il revendique que la capacité à se forger une image forte, claire et partagée d'une ville devienne un critère d'urbanisme. C'est sa notion d'"imagibilité" ("imageability") :
« C’est, pour un objet physique, la qualité grâce à laquelle il a de grandes chances de provoquer une forte image chez n’importe quel observateur. C’est cette forme, cette couleur ou cette disposition, qui facilitent la création d’images mentales de l’environnement vivement identifiées, puissamment structurée et d’une grande utilité.»
Aussi la qualité de cette image de la ville dépend de trois critères : identité (individualité, unicité), structure (spatiale et paradigmatique) et signification (émotive ou pratique). Bien entendu, pour Lynch, si l'urbanisme peut interférer dans la transformation de l'image d'une ville, celle-ci dépend d'abord du comportement et des perceptions d'une multitude de personnes.
Alors, et Bruxelles dans tout ça?
Ségrégation (02)
Un article merveilleux de clarté (et généreux en liens!!) de Bénédicte Tratnjek revient sur l'évolution post-apartheid des villes en Afrique du Sud. Il est disponible ici. Et pour les impatients, en voici un extrait :
Le futur de la ville post-apartheid semble plutôt être celui de l'apartheid "déracialisé" (deracialized apartheid). La ségrégation spatiale va continuer de marquer les formes urbaines, mais seulement sur des critères sociaux (qui, malgré tout, vont encore recouper longtemps les critères raciaux). La morphologie urbaine ne sera pas fondamentalement modifiée (les anciens townships forment des terrains bon marché très éloignés des centres-villes et des centres industriels ; les municipalités tendent à construire – pour pallier à la crise du logement et à l'exode rural – des logements sociaux en périphérie des villes, à proximité des townships, donc tout autant éloignés des centres économiques).
Ségrégation (01)
L'espace se divise. Mais comment? Cette division sociale de l'espace de la ville, on l'appelle généralement ségrégation urbaine. Mais cette notion, on peut elle-même la diviser : il y aurait une séparation physique de groupes humains institutionnalisée et donnée comme principe fondateur de l'organisation sociale, et une séparation non institutionnalisée, plus floue mais pas moins opérante. L'opposition classique entre l'officiel et l'officieux?
Ces différentes manières de définir la ségrégation urbaine, nous les envisagerons en trois temps : d'abord sous l'angle de la ségrégation raciale légale propre au régime d'apartheid, ensuite sous celui du maintien de la ségrégation sur des bases autres que raciales, enfin sous l'angle des différentes formes et processus de la ségrégation urbaine aujourd'hui.
La première définition de la notion de ségrégation trouve son accomplissement exemplaire dans le régime d'apartheid d'Afrique du Sud. Si ce régime imposait une stricte séparation juridique hiérarchisée entre Blancs et Noirs, cette séparation était bien entendu marquée spatialement, par toutes sortes de dispositifs, du panneau à la corde.
Symboliques du régime, ces panneaux et cordes dessinent en creux les lois qui leur donnent leur assise. Ainsi, la loi sur la propriété foncière de 1913 impose une répartition du sol particulièrement injuste. Les populations noires, largement majoritaires (70% de la population), se voient cantonnées dans des « réserves indigènes » qui ne forment que 7 % de la superficie du pays. Ailleurs, l'accès à la propriété foncière leur est interdit. L'arsenal juridique organise encore la circulation, instaurant par là l'exclusion politique et économique des Noirs : en 1923, ceux-ci n'ont accès aux villes qu'à condition d'y posséder un emploi.
C'est au cours des années 1950 que le régime d'apartheid se met plus précisément en place et affine la scission entre Blancs et Noirs : quatre groupes raciaux sont distingués (les Blancs, les Coloured People (métis), les indiens et les Noirs qui deviennent des étrangers à l'intérieur de leur propre pays), les unions inter-raciales sont interdites, les lieux publics sont marqués par la ségrégation, des transports aux cimetières, en passant par les écoles et les hôpitaux.
Mais c'est le Group aeras act qui conduit à une ségrégation spatiale implacable en ce qu'il détermine, pour chaque groupe racial, une zone d'habitation. Pour les Noirs sont ainsi créés 10 homelands ("patries") ou bantoustans, régions rurales bien délimitées qui se transforment en "réserves" indigènes prétendument autonomes. Ces Etats n'ont aucune viabilité économique et aucune continuité territoriale.
A ce dispositif législatif s'ajoute l'apartheid urbain, qui oblige les Noirs à vivre à l'écart des villes, dans des agglomérations de petites habitations, les townships, dont Soweto (acronyme de South West Townships), constitue l'archétype. A 16 ans, tous les Noirs doivent posséder un pass qui détermine où ils peuvent vivre, travailler. La législation réglemente ou interdit en effet les déplacements intérieurs.
Si le régime d'apartheid en Afrique du Sud a pris fin en 1991, un article paru en 2008 relate l'indignation des militants anti-apartheid en visite en Cisjordanie face à la ségrégation militarisée de l'espace urbain. A lire ici (la page propose encore de nombreux liens qui valent le détour!).
Faire voir? Projeter!
S'il est bien connu que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, on en déduit sans peine qu'ils doivent bien imprimer cette narration dans les lieux. C'est le charme des monuments. Mais comment imprimer la vision et la parole des vaincus, ne fut-ce qu'un instant?
Krzysztof Wodiczko s'inscrit dans la veine des avant-gardes : il cherche à faire prendre conscience aux foules sempiternellement aliénées des contradictions et des violences du monde. Pour cela, il utilise notamment des projections photographiques puis, à partir des années 90, vidéographiques afin de transformer monuments et édifices publics les plus emblématiques d'une histoire du pouvoir. Les monuments de célébration nationale deviennent des symboles de mauvaises consciences individuelles...
Bien entendu, on pourra lui reprocher un humanisme un peu naïf, un militantisme éculé, des stratégies convenues, un échec à créer du politique en se rabattant sur la culpabilité individuelle ou une utilisation de clichés. Ce dernier reproche, Wodiczko le revendique : ces édifices sont eux-mêmes des mythes, c'est donc en leur apposant d'autres mythes qu'on pourra lutter...
Cela dit, il semble que ces projections de sans-abri permettent de poser quelques questions plus profondes, car s'il y a bien des personnes forcées d'exhiber sans arrêt leur corps, ce sont ceux qui sont littéralement sans abri. Et cette exhibition des corps doit se faire en des endroits stratégiques des villes, afin de susciter la pitié, pour pouvoir récolter argent et/ou nourriture. Comme les monuments doivent être placés à des endroits stratégiques du voir pour susciter la ferveur? Mais là où les monuments se voient soutenus dans leur exhibition par des stratégies du faire-voir (plaques explicatives, visites touristiques, ...), rien ne vient contrer nos modes de défenses ou de déni du voir en ce qui concerne les sans-abri. Si ce n'est peut-être un brin de mauvaise conscience.
Avec tous les risques que cette interrogation comporte, il faudrait peut-être profiter du travail de Wodiczko pour s'interroger sur les différentes stratégies d'appropriation (ou de production) de visibilité dans les villes, que ces stratégies soient le fruit des dirigeants ou des exclus.
Faire voir? Masquer!
Comment faire voir ce que nous sommes censés regarder au quotidien et que pourtant nous n'apercevons plus? iKanoGrafik propose une réponse toute simple : supprimer! Mais en rendant la suppression visible, pour qu'elle fonctionne comme un cache masquant le signe et indiquant sa présence dans le même temps. Ou masquant l'espace pour ne laisser que les signes.
Là où le film de Carpenter esquissait une réflexion sur le contenu des messages, iKanoGrafik ébauche une piste de pensée de la masse des signes. L'éternel séparation qualitatif/quantitatif?
C'est sans compter sur la ressource suivante :http://insitu.arte.tv/blog/?p=359
Derrière les signes... le complot extraterrestre!
En 1988, après un gigantesque échec commercial, John Carpenter revient à la série B avec Invasion Los Angeles (They Live). Le héros du film est un ex-catcheur un peu crétin, qui découvre, grâce à une paire de lunettes noires, que les signes qui peuplent la ville sont en vérité des mots d'ordre destinés à abrutir les humains...
Et ces mots d'ordre visant à contrôler les masses sont en fait le fruit d'un complot extraterrestre, aidés d'humains collabos. Bien entendu, notre héros n'en reste pas là et il va tenter d'exposer sa découverte à ses concitoyens par le biais de la télévision, qui est à la fois la source d'émission de ces messages et le canal de communication que tentent d'utiliser les résistants!
Si l'idée est aussi simple qu'efficace, et si l'intrigue suit un déroulement attendu (la fameuse "totalité comme complot") elle pose cependant des questions plus complexes : comment faire le tri entre les messages qui nous sont envoyés quotidiennement? Qui sont leurs auteurs? Forment-ils un système cohérent? Avec des buts bien définis? Comment disciplinent-ils nos comportements? Quels outils avons-nous pour les décoder? Et surtout, au-delà du décodage, quelle action est-elle possible?
mercredi 1 février 2012
Trop ambitieux...
Feed-back de couloir : "peut-être que votre projet est trop ambitieux..." Mais pour qui? Trop ambitieux pour qui? Pour les profs ou les élèves?
Et du haut de ce jugement sur l'ambition, comment jugerions-nous de cette ambition-ci? Trop aussi? Pas assez? Qui sait... En tout cas, le film existe, et les auteurs ont le courage de le soumettre aux jugements en le postant sur Youtube. Alors, trop ou pas assez ambitieux, ce n'est plus la question. Il n'y a qu'un constat : courageux. Bravo à ses réalisateurs de ne pas s'être arrêtés aux évaluations sur le degré d'ambition et d'avoir abouti leur projet!
lundi 30 janvier 2012
La ville bavarde
CHUT........................et fermez les yeux
http://www.mutations.arcenreve.com/menu/menuFR.swf
http://www.mutations.arcenreve.com/menu/menuFR.swf
mardi 24 janvier 2012
Les histoires se croisent : comment les coudre ensemble?
Les histoires petites et grandes, personnelles et nationales, anecdotiques et mondiales sont composées de milliers de petits points qui se croisent sans cesse. Comment en présenter alors l'étrange couture? Lesquels garder? Comment les réunir? En les classant? Mais comment? Par date? Par taille? Par importance? Mais quels critères alors pour juger de leur importance? Et ces dates alignées chronologiquement, si nous les croisons dans le désordre, au hasard de nos rencontres? Et la taille, alors? Comment évaluer la taille d'un événement? Question de point de vue. Décidément, les points de vie(s) se cousent selon les points de vue. Ici, celui de Felix Gonzalez-Torres, avec Untitled (Bilboard Poster), 1989.
Clip, rap et cut-up
Tristan Tzara l'a dit :
"Pour faire un poème dadaïste.
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème. Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun de mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise et vulgaire."
Nous, nous disons :
"Pour l'atelier la ville bavarde.
Prenez une ville.
Prenez un appareil photo.
Repérez dans cette ville tous les signes et les mots qui peuplent un périmètre loquace.
Photographiez ensuite avec soin chacun des mots et des signes qui forment le bavardage constant de la ville et rassemblez ces images. Montez-les de façon à en faire un poème. Transformez ce poème visuel en chanson et ajoutez cette bande-son à votre bande-image.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un auteur infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise et vulgaire."
"Pour faire un poème dadaïste.
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème. Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun de mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise et vulgaire."
Nous, nous disons :
"Pour l'atelier la ville bavarde.
Prenez une ville.
Prenez un appareil photo.
Repérez dans cette ville tous les signes et les mots qui peuplent un périmètre loquace.
Photographiez ensuite avec soin chacun des mots et des signes qui forment le bavardage constant de la ville et rassemblez ces images. Montez-les de façon à en faire un poème. Transformez ce poème visuel en chanson et ajoutez cette bande-son à votre bande-image.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un auteur infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise et vulgaire."
Michel Gondry a presque parfaitement réussi l'exercice. Presque. En même temps, on ne lui avait pas encore donné la consigne du dit-exercice... Nous, sur ce mode-là, on veut aussi des images de graff' et puis du rap!
dimanche 22 janvier 2012
Cauchemarder la ville
Les mordus de science-fiction le savent : la ville du futur est généralement le visage grimaçant d'un monde infernal. Celle de Metropolis (Fritz Lang, 1927) portait la division du travail (voire celles des classes, en langage marxiste) à son point le plus symbolique : un monde en deux étages, celui souterrain des masses de travailleurs hagards, celui aérien des décideurs éclairés. Ailleurs, les villes sont les représentantes des effets destructeurs des actions humaines (12 Monkeys, Terry Gilliam, 1995) ou extra-terrestres (la ville mouvante et laboratoire de Dark City, Alex Proyas, 1998).
Même lorsqu'elle n'est qu'un élement secondaire de l'intrigue, la ville joue encore un rôle important d'arrière-plan démoralisant dans Blade Runner (Ridley Scott, 1981), représentant un monde où règnent surpopulation et disparition des espèces naturelles. Celle de Minority Report (Steven Spielberg) se contente d'accentuer les obsessions sécuritaires et l'exhortation constante et personnalisée à la consommation pour créer un espace au quadrillage sans cesse resserré sur ses habitants, sympathiquement oppressant. Minority Report actualise en cela la ville figurée dans Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) en reprenant trois de ses grands thèmes (surveillance, consommation, quête désespérée d'espace) et en évacuant du cadre les classes laborieuses (la lutte présente dans Total Recall semble annihilée dans Minority Report).
La ville comme la cauchemarde la science-fiction diffère donc selon les époques, poussant à l'extrême les inquiétudes des différents moments de son élaboration. Auparavant création d'un espace entièrement régi par l'industrie et la division de classes (Metropolis), d'un espace raréfié miné par la surpopulation et l'abolition du naturel (Blade Runner), d'un espace contaminé devenu mortel (12 Monkeys), le cauchemar des rêveurs contemporains crée un espace aussi sympathique que terrifiant, sorte de facebook ou de web 2.0 inscrit dans l'espace réel, convivialement anxiogène (Minority Report).
Une image des espoirs contemporains esquissée ici.
Atmosphère, atmosphère : nos arrière-plans
Il y aurait les humains et puis des décors et des accessoires... ou pas. Les fresques d'Ambrogio Lorenzetti (exécutées en 137 et 1340) à Sienne figurent les allégories des bon et mauvais gouvernements. Les humains y sont bien présents :
personnifications des vertus sous la forme du bon gouvernement, et,
des vices sous la forme du mauvais.
Mais ils sont accompagnés d'autres représentations : les effets des bon et mauvais gouvernement dans la ville et la campagne!
Dans la campagne, le bon gouvernement assure la culture des champs, les transport, la compagnie harmonieuse des hommes et des bêtes, l'entraide des humains.
Le mauvais gouvernement quant à lui, présente un espace ravagé par les conflits et le pillage.
A l'inverse, celle du mauvais gouvernement présente un espace délabré.
Comme le souligne Bruno Latour (dans un livre publié aux éditions Les Empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, Les atmosphères de la politique. Dialogue pour un monde commun, 2006), "ce qui est très frappant, c'est qu'elle (la fresque) est remplie d'objets, de choses : l'urbanisme, le commerce, le paysage." C'est une jolie façon, comme le dit Latour, "de nous intéresser aux façons de remplir de choses la politique".
Pour aller plus loin, voici deux pistes, le livre de Quentin Skinner sur ces fresques et une conférence de Bruno Latour.
vendredi 20 janvier 2012
Parce que Marc-Antoine Mathieu est un fou furieux, dans "mémoire morte" ce dessinateur , explore la cité, sa mémoire et nous parle de choses étranges que subit cette cité...l'apparition de murs créant de plus en plus d'impasses... jeux de mots, réflexions philosophiques, critiques de l'Homme,...et plaisir du cadrage en noir et blanc...disponible chez vos coordinatrices...
jeudi 19 janvier 2012
Sortir de la ville le temps d'un week-end
Parce que c'est vendredi, parce que la ville c'est aussi sa relation à sa traditionnelle antagoniste la campagne. Relation de lieux, d'opposition de qualités mais aussi de moments : pour le citadin, la campagne, c'est le week-end. Vu par Godard, Week-end (1967), c'est un film féroce et l'un des plus longs travellings de l'histoire du cinéma :
Pin-pon-piiiiiiin-tututuuuuuuuuuut... et ça re-klaxonne encore et encore!
Bon week-end à tous!
Penser/classer : décomposer/ranger?
Dans un travail qui a pour nom tout simple tout bien rangé, Armelle Caron découpe le plan de la ville pour en tirer autant de fragments qu'il y a de blocs, qu'elle range ensuite soigneusement par ordre de taille, en lignes.
En désordre, la ville?
Circuler : la ville selon nos déplacements
Le début d'un article paru dans le Monde Diplomatique en août 2008 qui sera prochainement disponible en version papier pour qui veut (la bien heureuse manie de garder ses vieux journaux a encore frappé!) : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/BAILLY/16206
Les signes clandestins
Après les éditions Aden, une nouvelle ressource présente dans les environs : http://www.lezarts-urbains.be/, comme un éventuel rebond pour appréhender les graffitis.
Et pour les sources des ces images, elles viennent respectivement d'ici et de là.
Bruxelles-Congo
Voici quelques informations sur le petit livre, écrit par Lucas Catherine, apporté mardi passé, Promenade au Congo :
Publié en français par les éditions Aden, ce livre propose deux promenades - l'une à Bruxelles et l'autre à Ostende - permettant de visiter l'histoire du passé colonial par son inscription dans le patrimoine urbain. La promenade bruxelloise commence Place royale avec la statue équestre de Godefroid de Bouillon, nous emmène devant les bâtiments stratégiques de la colonisation belge, égrène les statues de colons et s'arrête devant le monument pour le Congo au parc du cinquantenaire, fait un crochet par la salle de cinéma de l'ancien Eldorado (l'actuel complexe de la place de Brouckère) et termine à Tervuren.
Si le livre a une visée militante, les promenades proposées permettent d'appréhender la colonisation par ses traces dans la ville, des plus évidentes, comme les monuments célébrant les Troupes des campagnes en Afrique (quartier Helmet), aux plus discrets, comme les anciennes tavernes où se réunissaient les femmes de colons afin de se préparer à la vie coloniale (rue de Stassart).
L'auteur réalise donc un équilibre entre les infrastructures productrices de la colonisation et les monuments en faisant la publicité. Bref, une manière concrète de voir comment les lieux sont à la fois l'incarnation de l'histoire d'un pays et sa façon de la raconter.
mardi 17 janvier 2012
En avant toute! Main basse sur la ville!
Concernant notre premier thème de travail pédagogique transdisciplinaire, voici un premier message en forme de clin d'œil : un extrait du film... Main basse sur la ville (Le mani sulla città)!
Résumée par les Editions Montparnasse (qui se sont occupées de la copie dvd), voici l'intrigue :
"Poussée par l'entrepreneur Nottola, la municipalité de Naples transforme des terrains agricoles en terrains constructibles pour lancer un gigantesque programme immobilier. Les spéculateurs en profitent, mais la proximité du chantier provoque l'écroulement d'une maison ancienne et la mort d'un enfant, ce qui provoque de vives polémiques au sein du conseil municipal, alors que de nouvelles élections se préparent. L'enquête sur l'accident s'enlise, mais les stratégies électorales s'affinent, et certains membres de la majorité au pouvoir s'inquiètent de voir Nottola figurer sur leur liste."
Et à la fin du film, un carton précise : "Les personnages et les faits ici présentés sont imaginaires, mais la réalité sociale et ambiante qui les produit est authentique"...
Réalisé en 1963, à la veille du premier gouvernement italien de
centre-gauche, le quatrième long-métrage de Francesco Rosi reçoit le
Lion d'or au festival de Venise de la même année et fait polémique. Les
critiques de droite l'accusent d'être une pièce de propagande, les
critiques de gauche lui reprochent une narration somme toute classique
et une dénonciation trop restreinte. Ses défenseurs, quant à eux, apprécient le propos engagé et le traitement formel.
Bref, de quoi ouvrir le débat!
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